Coeur de louve

Une histoire de vie comme j'aime beaucoup en écrire. Cette nouvelle relate le destin d'une louve pas ordinaire. Ceci est une fiction, mais dans la réalité aussi, les animaux ont du coeur. Parfois plus que les humains. D'où le titre de cette nouvelle écrite en février 2008.

 

 

C'était un jour comme les autres dans la taïga.

La forêt resplendissait. Partout des fleurs tapissaient les sous bois, les oiseaux chantaient.

C'était une belle journée de printemps.

Le lapin entendit un craquement de branches, mais pour lui c'était déjà trop tard. Déjà les crocs du félin lui enserraient la gorge.

Arya dévora rapidement sa proie et rejoignit son fils. La belle jeune lynx était mère depuis peu. Elle n'aimait rien ni personne plus que Tyron, son chaton.

- Tyron, réveille-toi, Maman est rentrée.

Le petit félin ouvrit les yeux, la regarda.

Ils se mirent à ronronner, heureux, tout simplement.

 

Plus loin dans la forêt, une louve solitaire veillait-elle aussi tendrement sur sa progéniture. Un minuscule louveteau blanc tétait goulûment tandis que sa mère écoutait, inquiète.

D'autres loups, une meute, approchaient.

La petite boule de poil blanche s'endormit.

La louve se leva et regarda la Lune, pleine ce soir là, puis sa petite.

- Nous ne sommes pas les bienvenues ici, ma Mohira, mais je me battrais jusqu'a la mort s'il le faut.

 

La louve observa tendrement son louveteau se pelotonner contre elle. La petite Mohira, minuscule louve blanche, n'avait que quelques jours.

Et déjà la meute était de retour.

Sa mère se remémora la bataille. Cela ne faisait pas si longtemps. Elle était encore la louve alpha, la dominante, la dominante de la meute.

Elle gémit en se rappelant comment Niria, la louve noire, venue d'ailleurs, l'avait détrônée et chassée.

 

Loin de se douter des tristes pensées de la louve qui demeurait cent mètres plus loin, une mère lynx surveillait les environs, ses oreilles s'agitant en tout sens.

Des loups, plusieurs loups, toute une meute d'ennemis aux crocs pointus.

Si Arya pouvait aisément combattre un loup solitaire, plusieurs c'était une autre affaire !

Elle avait surtout peur qu'ils s'en prennent à Tyron. Les loups pouvaient facilement les tuer, elle et son chaton.

 

Gémissement de stupeur.

La louve aperçut qui se tenait à l'entrée de sa tanière.

Niria affichait un sourire carnassier : la louve noire tenait enfin sa rivale.

Un hurlement lugubre se perdit dans la nuit.

 

Arya se figea.

Un hurlement, très proche.

Son poil se hérissa et son instinct, celui de lynx comme celui de mère, lui commandait de fuir et de se cacher. Mais, déjà, elle pouvait apercevoir les silhouettes mouvantes d'une douzaines de loups.

Deux d'entre eux grognaient en se faisant face, le poil hérissé, se montrant les crocs.

Il sembla à Arya que l'une des combattantes était la louve solitaire qu'elle croisait parfois, sa voisine.

L'autre était une impressionnante louve noire.

 

Niria attaqua la première.

Ses crocs s'enfoncèrent dans l'épaule de la louve solitaire qui gémit de douleur.

Mohira, bien cachée dans la tanière, se mit à pousser de petits cris, apeurée.

- En plus tu as un louveteau !

- Oui Niria, et je me battrais jusqu'a la mort pour protéger mon enfant.

- Si tu veux mourir . . .

La louve noire attaqua. Les crocs frappèrent.

La louve solitaire faiblit et s'effondra, mais elle mordit la patte de sa rivale.

Niria poussa un cri de colère et riposta derechef.

La louve solitaire se relevait péniblement tandis que d'autres loups se préparaient à entrer dans la bataille.

Se voyant condamnée, elle se précipita vers la tanière, pris délicatement sa petite et s'enfuit.

Ce serait sans doute sa dernière nuit, elle le sentait, mais il lui restait une dernière chance.

 

La louve galopait à travers la forêt, animée par l'énergie du désespoir.

Niria, folle d'une rage meurtrière, ses crocs étincelants sous la lune, la poursuivait sans relâche. Et derrière la louve noire suivait le reste de la meute. Seul un jeune loup gris restait à l'écart.

                     

Arya, effrayée, les aperçut.

La louve solitaire, transportant un petit louveteau blanc, qui tentait d'échapper à ses poursuivants.

Quand elle se rendit compte qu'ils se dirigeaient vers sa tanière, son sang ne fit qu'un tour.

 

La louve savait cet endroit habité par un lynx.

Peut être Niria reculerait-elle face au félin.

Elle le vit, sur la défensive, et aperçut un chaton. Ce lynx était une mère !

Ses chances augmentaient, ces fauves sont encore plus redoutables s’ils ont des petits à protéger.

Elle bondit vers la tanière, sans peur aucune des griffes acérées du lynx.

 

Niria aperçut le félin mais bondit à la gorge de son ennemie.

Arya vit la louve noire attaquer et jaillit de sa tanière.

Ils n'auraient pas Tyron, ces maudits loups !

Les griffes de la mère lynx firent des ravages.

 

La louve solitaire sentit des crocs s'enfoncer dans sa nuque.

Elle tenta vainement de se défendre, lâchant sa petite qui tomba entre les pattes d'Arya.

- Prends soin de ma Mohira ! hurla-t-elle

Car c'était pour elle sa dernière bataille.

 

Arya regarda la petite boule de poils.

D'abord surprise par les paroles de la louve, elle ne put qu'éprouver de la pitié en voyant cette mère, prête à tout pour sauver son petit, tomber sous les crocs de la louve noire.

Les autres loups étaient toujours là.

Un petit lynx pointa son museau hors de sa cachette et regarda la scène avec des yeux écarquillés. Sa mère qui se battait contre des loups !

Arya l'aperçut.

- Emmène le louveteau dans la tanière ! lui lança-t-elle.

Tyron se faufila rapidement jusqu'a la boule de poils et la poussa jusqu'au refuge.

Il était dedans quand il entrevit un loup qui essayait de s'y glisser.

Tyron griffa.

Un cri aigu lui indiqua qu'il n'avait pas raté son coup. Le loup s'éloignait, le museau devenu rouge.

 

Couverts de griffures, les loups finirent par s'en aller.

Niria boitait, mais son pelage noir resplendissait sous l'aube naissante.

Ce nouveau jour, la louve solitaire ne le verrait pas.

Arya regarda la souveraine déchue qui gisait non loin, dans une mare de sang.

Elle songea à ses souffrances, aux épreuves qu'elle avait dû traverser.

La mère lynx se pencha sur la petite louve.

- Alors comme ça tu t'appelle Mohira ; murmura-t-elle tristement.

Elle avait décidé de l'adopter.

 

Arya considéra Mohira comme sa fille à partir de ce jour.

La petite louve blanche fit ses premiers pas chancelants sous l’œil bienveillant de la mère lynx.

Rapidement, ce fut l'heure des premiers jeux en compagnie de Tyron.

- C'est toi le chat Mohira !

- Non, c'est toi qu'es un félin !

Elle bondit sur le chaton et ils s'engagèrent dans une joyeuse bagarre.

Ils faisaient la même taille, bien que la louve soit plus jeune. Elle avait un beau pelage blanc, le petit lynx une fourrure grise. Les yeux de l'une étaient bleus, ceux de l'autres dorés, mais tous deux avaient un regard magnifique et envoûtant.

Arya enseignait son savoir aux petits.

Mohira commençait à avoir l'instinct de chasse des loups. Elle rabattait lapins et autres petites proies vers les lynx mais la louve ne savait pas aller plus loin.

Les félins saisissaient leur victime entre leurs griffes, elle n'avait que ses crocs.

Eté et automne passèrent.

La neige commença à tomber.

C'est là que Mohira tua sa première proie.

Elle s'avança doucement vers le lièvre des neiges, blanche sur l'étendue blanche. Un bond et elle le saisit entre ses crocs.

Le rude hiver la voyait grandir.

 

Sans même s'en rendre compte, Mohira s'éloignait petit à petit des lynx avec lesquels elle avait grandi.

Elle ne connaissait qu'eux mais son instinct de louve l'appelait ailleurs.

Tyron chercha longtemps sa compagne de jeux. En vain. La jeune louve blanche s'en était allé.

 

Vers la fin de l'hiver, Mohira fut prise dans une tempête de neige.

Le blizzard se déchaînait sur elle, des tourbillons de flocons blancs l'aveuglaient.

Si seulement Arya était là ! elle aurait certainement su quoi faire !

La nostalgie gagnait son cœur de louve.

Après des heures de vaine lutte contre les éléments en furie, elle s'évanoui.

 

Mohira ne comprenait pas.

Des crocs lui enserraient délicatement la nuque. On la transportait.

Le vent, elle ne sentait plus son souffle, ni la neige glacée.

L'univers, de blanc, est devenu sombre.

Des fracas de branches. Une chose de grande taille était traînée près d'elle.

Mohira sentit un souffle chaud.

Elle eu seulement le temps d'apercevoir la silhouette d'un grand loup gris disparaître dans la tempête.

Elle était dans une grotte. La carcasse, entière, d'un chevreuil se trouvait près d'elle.

Qui que soit ce loup gris, il l'avait sauvée.

 

La tempête s'apaisa.

Mohira se mit quelques jours plus tard sur la piste du loup gris.

C'était un grand mâle. Son odeur le disait et indiquait aussi que c'était un solitaire.

Elle découvrit facilement le refuge du loup gris.

 

Un grognement accueilli la louve blanche.

Elle s'assit et laissa le maître des lieux la dévisager.

Leurs regards se croisèrent.

Le cœur de Mohira battait la chamade. Pourquoi ? elle l'ignorait, elle se sentait juste heureuse.

Elle s'inclina devant le loup gris. Il compris le message. Mohira se soumettait.

Il s'approcha, son cœur à lui aussi battait fort, envahit par la même émotion que la louve.

Lui aussi baissa la tête en signe de soumission. Il la considérait comme son égal.

Après un moment, le loup gris demanda :

- Quel est ton nom ?

- On m'appelle Mohira.

- Bienvenue dans ma meute, bien que j'en soit le seul représentant.

De vieilles odeurs de loups flottaient encore dans l'air. Morts ? rien n'était moins sur.

- Je me nomme Sheïtan.

Elle le suivit dans son refuge.

 

Elle s'endormit.

Sheïtan sortit sans bruit.

A son réveil, le grand loup gris la regardait, inquiet.

Mohira voulu le rassurer.

- Qu'est ce qui te tracasse ?

- La meute de Niria, la meute de ma mère !

- Ta mère ! s'exclama-t-elle.

La louve blanche crut se souvenir. Elle lui annonça :

- Tu peut compter sur moi !

- Elle risque de te tuer, ainsi que moi.

- Pourquoi, si tu es son fils ?

- J'ai refusé de me battre, au printemps, lorsqu'elle a attaqué une louve solitaire et son louveteau.

Mohira resta immobile, assaillit par les souvenirs.

- Niria a tué la louve, mais le petit elle n’a pas pu. Sa mère les avait conduits vers une tanière de lynx. Le lynx a repoussé la meute, le louveteau était à l'abri, mais il n'a pas du survivre longtemps; continua le grand loup gris.

- Arya . . . elle m'a . . . raconté . . .

- De quoi tu parle ?

- Le louveteau . . .

- Un blanc, il doit être mort maintenant.

- Non

- Comment peux-tu l'affirmer ?

- Le louveteau . . . c'était moi !

- Toi !

Mohira lui conta toute l'histoire. Ce qu'Arya lui avait dit, son enfance parmi les lynx.

- Je ne pensais pas que tu deviendrais si belle . . . ; lui murmura doucement Sheïtan.

 

Les deux loups s'observaient, se regardaient dans les yeux.

Les yeux dorés de Sheïtan se perdaient dans le regard d'azur de Mohira.

Elle était si belle !

Leur cœur battait la chamade, à l'unisson.

Une émotion indescriptible croient être les seuls à éprouver.

 

Plus loin, un félin avançait péniblement dans les dernières neiges de l'hiver..

Tyron était seul, fatigué et affamé. Il était sur la piste de sa sœur d'adoption.

Quand soudain il les aperçut. Une meute d'une douzaine de loups conduits par une louve noire à l'air féroce.

Il courut, il courut la prévenir du danger.

 

Elle était là, face à un loup gris, un grand mâle dans la fleur de l'age.

Des cris rompirent le charme.

- Mohira ! Mohira !

La louve blanche se retourna et vit le jeune lynx qui arrivait près d'eux. Elle le reconnu immédiatement.

De chaleureuses retrouvailles suivirent et Tyron lui délivra son message.

- Niria est en route.

 

Sheïtan aperçut la coupure que le félin avait à l'oreille.

- C'est elle qui t'a fait ça

Le grand loup gris et le jeune lynx se regardèrent.

Il n'y avait plus rien à dire la meute de Niria était en chemin, l'unique chose à faire était de se préparer à combattre.

 

La louve noire poussa son cri de ralliement.

La meute se lançais sur les traces.

 

Niria jaillit devant Mohira.

Les deux louves grognèrent et se firent face. Furieuse masse de poils noirs et courageuse bête au pelage immaculé. La véritable bataille, ce serait la leur.

Autour d'elles, tous étaient immobiles, prêts à intervenir.

Mohira poussa un jappement de douleur et de surprise à la fois. Niria l'avait mordue à l'épaule.

Les crocs de la louve noire brillèrent une nouvelle fois.

Masse blanche sur l'étendue blanche, Mohira s'effondra.

Goutte à goutte, du rouge tombait sur la neige, le sang s'écoulait du poitrail de la louve blanche.

Niria s'apprêtais à l'achever et à fêter sa victoire quand un éclair gris fondit sur elle.

- Mon fils !

- Je ne te laisserais pas tuer celle que j'aime.

La louve noire n'eu pas le temps de se remettre de sa surprise.

Les crocs de Sheïtan s'enfoncèrent dans sa gorge.

 

Mohira gisait dans la neige rouge de son sang. Elle n'était pas morte, mais son état était grave.

Durant de longues journées son compagnon la veilla. Il pleurait à la manière des loups.

- Mohira, réveille-toi ma douce Mohira. Je ne peut plus vivre sans toi !

Un imperceptible frémissement parcourut la louve blanche étendue devant lui.

Le grand loup gris fourra son museau dans la fourrure de Mohira.

- Je t'aime ; lui murmura-t-il doucement à l'oreille.

- Moi aussi, Sheïtan, je t'aime.

Elle leva la tête et regarda tendrement son compagnon.

 

C'est à ce moment que Tyron remarqua la scène.

Il courut annoncer la nouvelle à la meute.

Niria étant morte, Sheitan était leur nouveau chef. Mais les louves auraient beau user de leurs charmes avec le grand loup gris, il avait déjà fait son choix.

Il avait déjà fait son choix depuis longtemps. De puis leur premier regard.

Depuis que, pour la première fois, il avait vu la louve blanche dans la tempête.

Depuis toujours.

Sheïtan s'avança parmi les loups, suivit de près par Mohira qui boitait.

Il n'avait rien à dire. Tous avaient compris.

 

La meute se réorganisa autour de Sheïtan et Mohira.

Leurs mères avaient été ennemies, dominantes tour à tour.

Le destin avait fait en sorte que leurs enfants se retrouvent là, allongés côte à côte.

 

 

Le temps passe.

On était au printemps.

Mohira devenait nerveuse. Elle les entraînaient tous vers la grotte.

La grotte où Sheïtan l'avait amenée dans la tempête.

Le grand loup gris restait perplexe.

Mohira refusa de quitter sa tanière plusieurs jours durant.

Lorsqu'elle accepta enfin que Sheïtan y pénètre, ce fut le bonheur absolu.

Trois minuscules boules de poils étaient blotties contre leur mère, une petite louve blanche et ses frères gris.

- Nos enfants Sheïtan . . .

- Je sais . . .

Pelotonnés l'un contre l'autre, ils contemplaient leur louveteaux avec tendresse.

 

Tyron était toujours là. Il ne pouvait se résoudre à quitter sa sœur adoptive et la vie parmi les loups lui plaisait.

Le museau fureteur du félin se glissa dans la tanière.

Le jeune lynx s'empressa d'annoncer la nouvelle à la meute.

 

Les années passèrent.

De vieilles têtes disparurent, d'autres apparurent.

Tyron finit par vivre une vie de félin solitaire et quitta paisiblement ce monde quelques années avant sa sœur d'adoption.

Mohira et Sheïtan menèrent la meute durant de longues années encore.

Ils virent leurs louveteaux grandir et, bien souvent, partir loin, vers d'autres horizons.

Un de leurs fils paraissait prometteur.

Fort, courageux, il possédait un pelage blanc.

Ses parents lui laissèrent le commandement un beau jour

 

C'était au cœur de l'hiver. Une tempête, comme au jour de leur rencontre.

Sheïtan et Mohira, blottis l'un contre l'autre, loin de la meute, songeaient à la vie, laissant la neige les recouvrir.

Les deux vieux loups s'endormirent, calmement, paisiblement.

De leur dernier sommeil.

 

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