Il était une fois, un guépard

Le guépard est une éternelle victime. Il est gracieux et n'a pas son pareil à la course. Mais sa légèreté et sa finesse le rendent vulnérable face aux autres prédateurs, auxquels il doit souvent abandonner ses proies et qui tuent nombre de guépardeaux. Mais la plus grande menace reste l'homme. Qui a quasiment exterminé, entre autres, toute une sous-espèce autrefois pourtant largement répandue : le guépard d'Asie. Un texte pour alerter, écrit en août 2010.

 

 

Un soir, un grand-père dit à sa petite fille : «  Il était une fois, un guépard . . .  ».

L’histoire du jour commençait en ces termes.

 

Il était une fois, un guépard. Ce guépard, c’était moi.

Je suis née en Inde, dans le Madya Pradesh. C’était dans les années 1940. J’avais une mère et trois frères. Je ne savais pas qui était mon père. J’étais la seule femelle de la portée, la première portée de ma mère. C’était une jeune et belle femelle de guépard d’Asie, rapide, courageuse, bonne chasseresse. Nous n’étions pas affamés. Nous avons tété jusqu’à ce que notre mère le refuse. Bah ! Nous aimions la viande aussi.

 Ce fut la période la plus insouciante de ma vie de guéparde.

Notre mère nous apprenait à chasser avec des faons vivants. Nous les poursuivions. C’est la méthode habituelle. Mes frères étaient plus forts que moi. C’était des mâles, ils étaient plus grands. Mais je suis la première à avoir tué seule ma proie, un jeune nilgaut.

Nous vivions, belle famille de guépards indiens, heureux.

Lorsque ma mère était plus jeune, il y avait beaucoup d’autres prédateurs ici : tigres, loups, léopards, hyènes, et avant aussi des lions. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les hommes les ont tués. Les survivants sont partis loin. Il ne reste que les guépards et les chiens sauvages.

J’ai commencé à comprendre plus tard. Excepté ma mère et mes frères, jamais je n’ai rencontré d’autres guépards. Jamais. Juste une fois, j’en ai vu un chasser avec son maître humain. Juste une fois.

Un matin, notre mère n’était plus là. Dans la nuit, mes frères et moi avions entendu des humains. Notre mère a disparu, probablement capturée. Nous avions seulement dix-huit mois, c’est jeune, mais nous pouvions vivre seuls, sans elle. Nous étions quatre après tout.

Le drame se produisit pendant l’année humaine 1947, quelques mois plus tard.

Mes trois frères marchaient ensemble sur une route. Cachée, je dévorais tranquillement notre dernière proie. Eux étaient repus et cherchaient un endroit où dormir. Le bruit du tonnerre a résonné, deux fois. J’ai couru, vite, loin de l’humain et de son bâton qui crache le feu et la mort.

Je n’ai jamais revu mes frères. Je n’ai jamais rencontré d’autres guépards. J’ai vécu seule des années durant.

Je suis la dernière guéparde d’Inde.

Ma fin est proche . . .

Je vais les rejoindre dans la nuit noire.

 

Il était une fois, la triste histoire des derniers guépards indiens.

Aujourd’hui, il ne reste que soixante guépards d’Asie, en Iran, et quelques milliers de guépards africains. Ils sont de moins en moins.

J’espère qu’ils ne deviendront pas seulement des personnages de contes.

Il était une fois, un guépard . . .

 

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