La belle des loups

Première apparition du loup-garou dans mes textes ! Mais j'avais déjà abordé la métamorphose avant cette nouvelle datant de mars 2008. Comme dans " La Flamme Sauvage ", texte qui suivra de peu celui-ci, l'histoire parle du côté sauvage qui sommeille en chacun de nous. On le rejette, jusqu'à haïr le monde sauvage, où on l'accepte, jusqu'à oublier le reste. Mais on ne peut pas s'en défaire.

 

 

Un matin comme les autres, une maison parmi d'autres, à l'orée d'une forêt ordinaire. C'est dans cette modeste demeure que vivait Luc. Il vivait seul, tranquille, ne demandant jamais rien à personne. C'était un grand jeune homme, brun aux yeux verts, plutôt beau garçon. Il n'avait pour seule compagnie que celle d'un vieux chien.

En ce matin ordinaire de fin de printemps donc, Luc est réveillé par les aboiements de son chien. Des grognements ne tardent pas à se faire entendre. Il regarde par sa fenêtre. Le chien fait face à une grande bête noire, trop loin encore pour bien voir. L'animal s'approche doucement. Ses crocs se découvrent et Luc entrevoit un regard d'or. Un loup ! Un loup noir faisant face à son chien ! Le chien part à la poursuite du loup. Luc s'habille en vitesse et attrape son fusil, bien décidé à se débarrasser du visiteur.

Il ne tarde pas à repérer son chien qui a pénétré dans la forêt. Il pointa son arme sur le loup mais une vision l'interrompis dans son geste. Une chevelure d'ébène, aussi noire que le pelage du loup, et un magnifique regard bleu azur.

- Ne touche pas à ma louve ! lui lança-t-elle.

Puis elle partit, suivie de l'animal. Luc resta là, subjugué par le charme de la belle inconnue.

 

Les jours suivants il les passa à errer entre la forêt, sa maison et le bar du village. Aucune trace de la belle ou de sa bête.

- Qu'est ce qui t'arrive Luc ? Va donc voir la vieille Maria, elle sait tout d'après.

Il alla lui rendre visite. La vieille Maria, comme on l'appelait, était une femme étrange. Elle avait réponse à tout et ne se trompait jamais. On la disait plus que centenaire, mais elle ne révélait rien sur elle. C'est donc à la vieille Maria que Luc alla rendre visite ce jour là.

- Entre, je n'ai jamais mangé personne

Rassuré, il pénétra dans la pièce. Maria était assise à une table, l'air malicieux, un chat noir sur les genoux.

- Assis toi et je te parlerais d'elle.

- De qui voulez-vous parler ? demanda-t-il, inquiet

- Mais de la jeune fille que tu as rencontrée ! Je sais pourquoi tu viens, Calypso me raconte tout ce qui se passe au village.

Sur ces mots elle caressa son chat noir. Le félin se mit à ronronner et ses yeux se posèrent sur Luc. C'était lui Calypso ! C’est certain ! Mais comment la vieille femme lui parlait-elle ? Maria et son chat noir affichaient le même sourire énigmatique.

- Parlons plutôt de la raison de ta venue Luc ; dit la vieille Maria.

Il ne quitta pas un instant Calypso des yeux. Le chat était vraiment fascinant.  Les rumeurs disaient que sa maîtresse était sorcière. Peut être pas si farfelu après tout . . .

- Que savez vous d'elle ? demanda Luc

- La jeune femme que tu as rencontrée dans la forêt s'appelle Adèle . . .

Adèle . . . un beau prénom qui convenait bien à la personne. Maria poursuivit :

- Elle vit depuis plusieurs années dans la forêt, seule, depuis la disparition de ses parents alors qu'elle était enfant. On la dit élevée par des loups, d'ailleurs elle est toujours avec une louve noire . . .

Le chat miaula.

- Que dis-tu Calypso ? demanda Maria en caressant le félin dont le miaulement se fit entendre une seconde fois.

La vieille écoutait et finit par annoncer :

- La louve s'appelle Luna.

Luc ne quittait pas des yeux la vieille et son chat noir. Il finit tout de même par se lever. Maria dit au revoir en souriant et Calypso accompagna le jeune homme jusqu'a la porte.

Un peu plus tard, enfin chez lui, il ne cessa de songer à cette drôle de rencontre.

 

Luc se réveilla en sursauts. Un hurlement ! le loup était tout proche. Il sortit sans bruit et regarda en direction de la forêt. Elles étaient deux. Luc reconnu la bête qui accompagnait la belle Adèle. L'autre animal était une étrange louve noire au regard d'azur, plus petite que l'autre. Elle boitait, ne posant pas au sol l'une de ses pattes avant. Elle s'enfuit lorsque Luc bougea, laissant là la louve aux yeux dorés.

- Luna, que me veux-tu ?

L'animal au pelage d'ébène poussa un bref jappement à l'attention de jeune homme et partit en trottant. Il la suivit, poussé par la curiosité et un pressentiment.

La louve stoppa bientôt près d'une petite caverne. Luc aperçu la frêle silhouette de la jeune fille.

- Adèle ?

Elle frémit en reconnaissant son prénom et se retourna. Elle le reconnut rapidement. On aurait même dit qu'elle l'attendait. Adèle tenait son bras blessé. Luc s'approcha lentement, de peur d'effaroucher la belle si craintive. Il voulu voir son bras mais un cri l'arrêta.

- Ne me touche pas !

Luc plongea son regard dans les yeux bleus d'Adèle. Il y vu de la peur, mais aussi une étrange lueur. Ils se regardaient, les yeux dans les yeux, sous al surveillance vigilante de Luna.

 

- Laisse moi voir ce que tu as. On va te soigner.

Adèle se laissait petit à petit approcher, oubliant sa peur. Luc alla chercher chez lui des bandages et Adèle portait maintenant son bras blessé en écharpe. Elle laissa Luc lui prendre la main et la conduire chez lui, Luna sur les talons. La louve noire gardait toujours un oeil vigilant sur la jeune fille. Luc la laissa avec la louve, toujours aussi farouche. Elle restaient craintives, mais calmes. Il voulait voir le médecin mais, poussé par une impression bizarre, il alla chercher la vieille Maria qui l'accueillit en souriant.

- Heureuse de te revoir Luc, Calypso m'a prévenue de ton arrivée.

Toujours aussi étrange cette femme !

- Elle a besoin d'aide n'est-ce pas ?

Il acquiesça.

- Tu peux rentrer chez toi, elle n'a rien de grave. Quelques semaines de repos suffiront.

Ainsi se termina cette inquiétante rencontre. Luc comprenait maintenant pourquoi il n'avait pas prévenu le médecin : c'était trop risqué ! Avec les hurlements revenus, le village, près duquel on n’avait pas vu de loups depuis déjà des années, depuis le massacre d'une meute, avait peur. Les indices d'une présence humaine dans la forêt les inquiétait encore plus.

- La fille des loups est revenue !

 

Les semaines s'égrenaient doucement. Adèle était guérie mais Luc la gardait près de lui en raison d'une chasse au loup prévue bientôt par les villageois. Luna était partie depuis plusieurs jours. Elle ne reparut que la veille de la chasse, pour un court instant. Elle avait peur. Adèle, elle, était désormais confiante. Ses yeux bleus n'étaient plus si sauvages. Un peu inquiète pour sa louve, elle se laissa aller ce soir là. Elle restait lové contre Luc et il lui murmurait des mots doux pour la rassurer. Leur regard brillait d'une lueur indéfinissable. Mais au matin, il eu beau chercher partout, Adèle avait disparu. Des coups de feu se firent bientôt entendre. La peur gagnait Luc. Il attendait un signe. Le signe arriva à la fin de cette belle journée d'automne.

Plus personne ne le revit jamais. Seul un mystérieux chat noir avait été témoin des évènements.

 

- Je les ai vus ! Je vous jure !

Le vieux chasseur voulait raconter ça. En ce printemps, plus d'un an après la chasse au loup, qui n'avait d'ailleurs fait aucune victime, des hurlements s'étaient de nouveau fait entendre.

- Je les ai vus ! Un grand gris-brun, le chef de meute ça ! Il me regardait sans peur. Y'avait 2 femelles avec lui, deux noires, mais la dominante c'était celle aux yeux bleus . . .

- Une louve noire aux yeux bleus ! Tu divague !

- Eyh ! Non ! Et l'autre elle avait les yeux dorés comme tous les loups ordinaires. Et y'avait un jeune louveteau gris avec eux. J'ai tiré mais j'les ai ratés.

La vieille Maria et Calypso affichaient un mystérieux sourire. Le chat noir, assis sur le rebord de la fenêtre, miaula longuement en direction de la forêt. Un hurlement lointain lui répondit. Le dernier avant longtemps . . .

 

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