La flamme sauvage

Ce texte écrit au cours des mois de mai et juin 2008 est un des premiers à mettre en scène un élément de fanatastique que j'affectionne beaucoup : la métamorphose de l'être humain en animal sauvage. Et comme dans d'autres, c'est le côté sauvage qui est finalement privilégié. En chacun de nous brûle cette étincelle qui nous relie au monde sauvage. Tâchons de ne pas l'oublier.

 

 

Elle n'était encore qu'une jeune chienne de la forêt, farouche et insouciante à l'époque. Elle regarda son reflet et admira sa tête rousse dans le miroir de l'eau, en songeant à ce qui la rendait si heureuse ce jour là.
Elle, Shana, la plus petite et insignifiante des femelles dhole, voilà que le grand, le beau, le jeune, le fort, Akilah, lui demandait d'être sa compagne. Ah ! Quand elle raconterait ça à Banshee ! Elle ricanait dans ses moustaches rien qu'à imaginer la tête que ferait sa sœur. Toutes les femelles célibataires de la forêt en rêvaient, du beau Akilah. Et il l'avait choisie, elle, Shana.
Shana trottait à vive allure entre les arbres, heureuse.
La jeune dhole ne vit pas l'éclat métallique qui brillait dans les feuilles mortes. Dans un claquement sinistre, le piège se referma sur sa patte. Elle poussa un jappement de douleur et de surprise et bientôt se mis à gémir. A sa connaissance, être piégé signifiait la mort. Elle ne deviendrait jamais la compagne d'Akilah !
Nouveau gémissement de tristesse.

Les heures passèrent, toujours aussi tristes et douloureuses pour Shana qui s'endormi, épuisée.
Une impression bizarre la réveilla et elle fit, sans s'en rendre compte tout de suite, quelques pas. Puis elle repris ses esprits : libre ! elle était libre !
Le regard de la chienne sauvage croisa celui d'une fillette, celle qui l'avait libérée. Dans les yeux de la petite humaine brillait une lueur étrange.
- Merci ; dit simplement Shana.

Et les années passèrent . . .

 

 

- Va-t-en Shana ! Vite ! il arrive
Une silhouette rousse fuit vers la forêt telle une flèche. Le coup de feu n'atteignit pas sa cible. L'homme abaisse son fusil et reporte son attention sur la jeune fille qui se trouve non loin.
- C'est toi qui lui as dit de déguerpir ! sorcière !
- Vous avez assez de trophées comme ça, je trouve.
- Je veux ce dhole ! Attends, comment tu l'as appelé ? ah oui, Sh. . .
- Chien ! l'interrompis la jeune fille ; je l'ai appelé chien. C'était bien un chien sauvage, non ?
Elle affiche un sourire malicieux et s'en va la tête haute. Elle regarde en direction de la forêt et ne tarde pas à voir une silhouette rousse entre les arbres. La bête relève la tête et regarde la jeune fille avant de pousser un cri.
Et là où beaucoup n'entendrons que le simple aboiement d'un chien sauvage des forêts d'Asie, elle, elle entend distinctement des mots qui lui disent :
- Merci, Graziela.
Satisfaite, la jeune fille salue son amie du monde sauvage avant de s'en retourner vers le village.

Graziela, c'est le nom de la jeune fille.
Elle est élégante à la manière de la plupart des jeunes asiatiques, ce qui ne la démarque pas vraiment des autres à ce niveau, ici, au cœur du royaume de Siam. Ce qu'on remarque surtout chez elle, ce sont ses yeux, d'un vert profond comme la forêt, dans lesquels brille une lueur farouche ainsi qu'un éclat indescriptible.
Ce jour là, elle était comme d'habitude allée en forêt, sous prétexte de chercher des fruits. Graziela avait en réalité passé quelques heures en compagnie de ses amis sauvages, les dholes. Ici, on n’aimait pas beaucoup les chiens sauvages, mais sa rencontre avec Shana, il y'a des années de cela, a tout changé pour Graziela. Elle avait comprit la jeune dhole prise au piège. Elle l'avait libérée. Désormais Shana était sa meilleure amie. Shana était, avec son compagnon Akilah, chef d'une petite meute de quatre dholes dont faisaient également partie sa sœur Banshee et sa fille Saraï. Les chiennes sauvages raccompagnaient Graziela au village quand ce maudit Hokiro, le chasseur, leur était tombées dessus.
Il se doutait que la jeune fille avait la capacité de parler aux animaux, mais il ignorait la réelle étendue de ses pouvoirs.

 

Le fauve aux yeux dorés se faufile discrètement entre les maisonnettes du village. Elle s'est faite silencieuse et souple féline, noire comme la nuit, ombre parmi les ombres. Graziela est une panthère noire. Voilà son secret le mieux préservé, que même ses amis dholes ont longtemps ignoré : elle parle aux bêtes, mais peut elle-même devenir animale. Ce qu'elle préfère ce sont les félins, souples, discrets, puissants et élégants. La panthère noire est la plus fréquente de ses formes animales.

Un jeune fauve silencieux regagnait son repère. C'était un de ces soirs de pleine lune comme il les aimait tant. Il s'étira et bailla avant de s'allonger.
Tashiraï, plus souvent appelé Tashi, était un jeune léopard à peine sorti de l'adolescence. Il fut un chaton inoffensif dorloté par sa mère, mais désormais c'était un fauve puissant et redouté. La maison abandonnée, perdue au cœur de la jungle, était son domaine privée et il n'y tolérait personne.
Ainsi quand il vit un furtif éclat roux raser un mur, puis montrer le bout de son museau, Tashiraï réagit de suite afin de montrer à ce chien sauvage ce qu'il en coûtait de pénétrer sur ces terres. Quelle ne fut pas sa surprise en voyant surgir, entre lui et le dhole, une créature magnifique, sauvage et déterminée.

 

Tashiraï s'arrêta et contempla la panthère noire qui lui montrait les dents.
- Désolé, je savais pas que c'était ta proie.
- Ce n'est pas une proie mais une amie.
- Amie !
Le jeune léopard, intrigué, voulu s'approcher. Il fut tellement surpris qu'il en tomba à la renverse. Ce n'était plus une panthère noire qui lui barrait le passage, mais une tigresse !

Graziela ne quittait pas le léopard des yeux.

- N'aie pas peur Shana, je te protège. Il ne touchera pas un seul de tes poils.
Rassurée, la dhole grognait courageusement, le regard fixé sur le fauve tacheté.
- Pars, mon amie, à demain
Shana ne se le fit pas dire deux fois ; elle déguerpit. La tigresse redevint panthère noire.
- Qui est-tu ? demanda le léopard
Graziela le regarda.
- Je suis tantôt ici, tantôt ailleurs, jamais la même ; répondit-elle. On m'appelle Graziela.
- Moi c'est Tashiraï, dit Tashi.
La panthère noire s'enfonça dans la forêt sans se retourner. Tashiraï, de son repère, la voyait partir, songeur.

 

Ce matin là, Graziela se réveilla dans une quinte de toux.
Des cris. De la fumée. Le feu ! la forêt, le village, tout brûlait.
Devenue panthère noire, elle se faufila entre les maisons incendiées afin de regagner la forêt. Elle courait à en perdre haleine, inquiète pour ses amis dholes.
Ils n'étaient pas à leur tanière. Leur piste partait vers la rivière. Vers la sécurité. Ils n'étaient pas en danger.
Soudain, quelque chose lui traversa l'esprit.

Le feu ! Tashiraï s'était laissé fait prisonnier par les flammes. Le léopard avait peur. Il toussait, il suffoquait ; il s'évanouit.

Il était bien là, inconscient, entouré d'un mur de flammes. Se sachant incapable de le transporter ainsi, elle pris le risque de redevenir humaine.

Quelle ne fut pas la surprise de Tashiraï à son réveil ! Il se frotta les yeux d'une patte, n'y croyant pas, recommença plusieurs fois. Elle était là, près de lui, et souriait.
- Ne craint rien Tashiraï, c'est moi, Graziela
- Mais, mais . . . tu es humaine !
- Oui, à l'origine je suis humaine d'après
Elle éclata de rire devant l'air surpris du léopard, qui ne parvenait pas à y croire.

 

Graziela et Tashiraï cheminaient, cote à cote dans la forêt dévastée. Elle était triste, lui désespéré.
- Mon domaine ! Ma maison !
Il pleurait, il pleurait de voir les ravages causés par le feu.
- Mais qui ose faire ça ! s'exclama-t-il
- Les humains
Ils se regardèrent, et personne à cet instant n'aurait put deviner ce qu'ils pensaient. Après un long moment, Tashiraï reprit la parole :
- Où vais-je aller, maintenant ?
C'était une bonne question en effet : s’il restait ici, dans la forêt brûlée, il mourrait de faim ; s’il tentait sa chance ailleurs, un autre léopard, croyant à un envahisseur, pourrait l'attaquer. Mais Graziela avait une idée en tête.
- Tu va venir avec moi
- Où ?
- Chez les humains
- Mais . . .
- Ne cherche pas à comprendre

Quelques heures plus tard, le village fut en vue.
Graziela, redevenue humaine, prit dans ses mains la patte de Tashiraï et ferma les yeux, concentrée.
C'est un humain qui s'engagea dans la ruelle, suivant timidement la jeune fille.

 

Tashiraï était tendu à l'extrême, angoissé par ce village. Il n'a pas comprit comment, mais Graziela l'a transformé en humain. Quelle impression étrange que celle là ! Soudain, il sent que Graziela se raidit, inquiétée par quelque chose.

- Hé là ! Graziela !
Un fusil en bandoulière, Hokiro, le chasseur, s'approchait.
- Que nous ramène-tu là ? demanda l'homme
La jeune fille le fixait sans répondre, toujours cette drôle de lueur dans le regard. Elle luttait intérieurement, mais contre quoi ? Quelque chose de puissant sans doute. Le chasseur s'impatientait.
- Réponds, sorcière !
Il s'apprêtait à la frapper, mais Tashiraï intercepta son bras, un sourd grognement vibrant dans sa gorge.
- Lâche-moi ! hurlait Hokiro
Tashi ne lâchais pas.
- Laisse la tranquille
Sa voix était calme et posée. Il était sûr de lui. Il poussa le chasseur sur le côté de la ruelle, prit la main de Graziela et l'entraîna plus loin.
- Merci, murmura-t-elle, mais pourquoi m'as-tu aidée ?
- C'est ce que j'avais de mieux à faire, non ?
Graziela esquissa un timide sourire.
- Si tu étais encore léopard, il t'aurait tué. Tu as vu son fusil je suppose.
- Oui
- Nous ne sommes pas en sécurité tant qu'il est là. Demain, nous prendrons la route. Pour la ville, loin d'ici.

 

Ni l'un ni l'autre ne dormirent cette nuit là. Alors ils n'attendirent pas l'aube et se mirent en route.
La ville. Graziela n'avait trouvé que cette solution. Là, ils seraient loin des chasseurs et elle aurait le temps de réfléchir. Elle pensait à ses amis dholes. Il n'y avait pas à s'en faire pour eux, toutefois. Leur territoire s'étendait bien au-delà de la rivière. Shana, Akilah, Banshee et Saraï allaient bien.

- Regarde, la ville
Graziela montrait cela du doigt à Tashiraï, qui en restait bouche bée, impressionné.
Que de monde ! Et quel étrange environnement !
Des humains, innombrables, au milieu de bâtiments très grands fait d'une sorte de roche qui n'en est pas vraiment une. Même le sol est recouvert de cette matière, bizarre aux yeux du léopard.
Graziela souriait.
- Ne t'inquiète pas, je sais où me réfugier, par ici. Enfin . . . il est encore tôt, avec un pu de chance le bus ne sera pas encore parti. T'en a pas marre de marcher, toi ?
Toujours aussi impressionné par la ville, si différente de la forêt où il avait passé toute sa vie, il suivit la jeune fille d'un air hébété. Elle avançait, confiante. Un peu trop confiante. Car c'est à ce moment, alors qu'elle traversait la rue, qu'une voiture lancée à vive allure surgit, fonçant droit sur elle.

 

Tashiraï, ses sens de félin, bien qu'atténués par la transformation, toujours aux aguets, repéra le danger avant Graziela. Son sang ne fit qu'un tour. N'ayant pas le temps de la prévenir, il agit. Traversant la rue à toute allure, il la prit dans ses bras avant de tomber avec elle sur la trottoir d'en face, lui évitant ainsi un accident qui aurait put être mortel.

- Tashi !
Se dégageant de l'étreinte du léopard, Graziela venait à peine de comprendre ce qui s'était passé.
- Tu . . . tu m'as sauvée !
- On dirait bien
- Mais pourquoi ?
- C'est c...
- Non, ne dit rien.
Elle marqua une pause.
- Tu va encore me dire que c'est ce que tu avais de mieux à faire ; affirma-t-elle
- Effectivement
Ils en restèrent là.

Graziela pensait trouver une place dans le bus, mais ce ne fut pas le cas.
Fatiguée par tous les événements de la journée, elle tomba rapidement dans le sommeil.

 

Au matin, sans comprendre comment, Graziela se retrouva pelotonnée dans les bras de Tashiraï. Elle se leva en essayant de gommer ce détail de son esprit. Tashi dormait encore, d'un sommeil doux et paisible.

Tashiraï fut surpris, à son réveil, de constater que le soleil était déjà haut dans le ciel.
- Graziela
La jeune fille se retourna en souriant.
- Bonjour Tashi
Ils ne tardèrent pas à reprendre la route.

Le bus était bondé déjà d'ordinaire, et il n'y en avait qu'un seul par jour. Pourvu qu'elle et Tashiraï puissent le prendre ! Graziela y avait pensé toute la matinée. Par chance, il restait quelques places et ils purent s'embarquer dans le branlant véhicule.
- Où allons-nous ? demanda Tashiraï
- Je ne sais pas vraiment
Graziela réfléchissait.
- Shana, mon amie dhole, a parlé d'un lac dans la jungle, lieu où les hommes ne vont que rarement
- Elle y est déjà allée ?
- C'est en lisière de son territoire, proche de celui de sa meute natale. Je devrais pouvoir la trouver, elle ou sa famille, elle aime beaucoup cet endroit.
Le léopard, si expressif d'ordinaire, resta de marbre. L'heure approchait, le moment où il devrait redevenir félin. Or, un détail, même plus que ça, le rendait soucieux. Il fallait qu'il le dise, mais il ne trouvait pas les mots . . .

 

Le lac était bien là où Shana l'avait dit. Graziela commença par explorer l'endroit, laissant là Tashiraï, renfermé sur lui-même depuis la veille.

Tashiraï réfléchissait, tentait de mettre des mots sur ce qu'il ressentait. Sans y parvenir.

Graziela se mit en quête des dholes. La piste était récente. Au bout d'un moment, la jeune fille repéra une petite frimousse rousse qu'elle connaissait bien.
- Saraï !
La fille de Shana et d'Akilah se redressa vivement en reconnaissant la voix qui prononçait son nom.
- Graziela ! Mais que fais-tu ici ?
- Tout a brûlé . . .
- ça, je sais
- Et je suis partie
- Ah ouais !
- Avec Tashiraï
- Le léopard ?
- Oui
- Il est ici ?
- Au bord du lac.
La discussion s'arrêta là. Un cri retentit dans la forêt. L'appel au secours de Tashiraï.

Hokiro; le chasseur, avait enfin retrouvé leurs traces ! Graziela n'était pas là, mais le garçon qui l'accompagnait si. Et il le captura.
- Appelle ! s'exclama le cruel chasseur à l'adresse de Tashi ; Crie tant que tu veux ! Si elle refuse de me dire son secret, tu mourras.

 

Saraï reniflait autour d'elle, là où, peu de temps encore auparavant, se tenait Tashiraï.
- Il y'a trois odeurs : la tienne, une qui ressemble à celle d'un léopard mais quelque peu humain, et . . .
La jeune dhole fronça le museau dans un rictus de dégoût.
- Et celle d'un certain chasseur.
- Hokiro !

Tashiraï était enfermé dans une pièce petite et sombre. Assoiffé, affamé, triste, il espérait de tout son cœur que Graziela avait entendu son appel et trouvé les dholes.
C'était sa dernière chance.

Cinq ombres furtives se faufilaient discrètement vers le campement du chasseur. Graziela s'était faite louve cette nuit là.
- Prête ? lui demanda Akilah, le chef de meute
- Oui, je suis prête ; lui répondit-elle
- Bonne chance
Il fit quelques pas et se retourna.
- N'oublie surtout pas notre plan
- Non, Akilah, je ne l'oublierais pas.
Le chien sauvage frotta amicalement sa tête contre celle de la louve.
- Courage
Les autres dholes Shana, Banshee et Saraï, disparurent dans la nuit pour aller rôder à la lisière du campement. Elles vivantes, rien ne passerait.

 

Akilah et Graziela pénétrèrent dans le campement. Il y'avait là une cabane, mais le chasseur Hokiro dormait sous une tente, et ronflait d'ailleurs. Dans la cabane, Tashiraï restait silencieux.
Un timide sourire apparu sur son visage lorsqu'Akilah entra dans la cabane, après avoir soigneusement détruit la serrure et ce qui se trouvait autour. Le dhole le dévisagea un moment avant de commencer à ronger les liens.
" Elle a réussi, elle les a retrouvés " songeait Tashi.

Plus loin, la louve Graziela avait discrètement subtilisé le fusil d'Hokiro. Elle courait vers la forêt, vers la sécurité, l'arme entre ses mâchoires. Une corde la fit trébucher. Le nœud coulant se referma sur une de ses pattes et Graziela tomba. Tandis que, déjà, elle reprenait forme humaine pour détacher cette corde autour de sa cheville, le fusil toucha terre en se brisant avec un craquement métallique horriblement bruyant.

Hokiro se réveilla en sursaut. Il cherchait son fusil à tâtons. Ne le retrouvant pas, il prit son poignard et se dirigea vers la cabane où il avait enfermé son prisonnier. Vide ! Elle était vide !
Fou de rage, il ne tarda pas à repérer Graziela, tombée à terre, le fusil brisé non loin.
Elle ouvrait de grands yeux effrayés en le voyant approcher. Puis elle changea d'attitude. Son regard se fixa sur Hokiro, comme par défi.
Le chasseur eu à peine le temps de voir la mort fondre sur lui sous sa fourrure rousse.

 

 

- Shana, où est ma place ?
- Tu le sauras quand ton cœur te le dira, Graziela
C'était quelques heures après la mort du chasseur.

Quelques jours plus tard, Graziela décida que c'était le moment : le moment de rendre à Tashiraï son corps de léopard. Les dholes les laissèrent seuls. Cette affaire n'était pas la leur. Tashiraï et Graziela, assis cote à cote, contemplaient le lac en silence. Touts deux étaient songeurs. Nul n'aurait pu, à ce moment, deviner leurs pensées.

Quelques jours plus tôt, lors de cette fameuse nuit, Akilah et Tashiraï avaient repéré Hokiro, qui s'avançait dans la nuit, vers Graziela apeurée, le poignard en main prêt à frapper. Heureusement, les dholes étaient là et avaient sauvé la jeune fille. C'est cette nuit là que Tashi avait compris.

Graziela soupira. Il était temps. Elle prit la main de Tashiraï ; il l'arrêta. Il essayait de parler, mais les mots refusaient de lui venir. Le geste vint, pas les paroles.
Il avait les yeux fermés et n'osait plus bouger. Lorsqu'il les ouvrit, Graziela le regardait, sans rien dire, mais nul besoin de mots. La lueur de son regard semblait s'être adoucie.

Bientôt, ombres parmi les ombres, deux fauves s'éloignèrent sous le soleil couchant.

 

 

- Bien des années se sont écoulées depuis. Je ne les ai jamais revus, d'ailleurs personne ne les a jamais revus.
Les jeunes chiens sauvages écoutaient attentivement le récit de leur aînée.
- Où sont-ils allés, grand-mère Shana ?
- Je l'ignore. Ce soir là, j'ai seulement trouvé la piste de deux léopards. Elle s'enfonçait dans la forêt. Je l'ai suivie des heures durant, mais elle s'arrêtait net à un moment, et je n'ai plus retrouvé leurs traces.
Paisiblement allongée au soleil, la vieille dhole songeait aux événements du passé.
- Son regard ; je vous ai parlé du regard de Graziela ?
Les chiots acquiescèrent.
- Après toutes ces années, j'ai compris pourquoi elle n'était pas comme les autres. En elle brûlait la Flamme Sauvage.

 

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