Le noir

En septembre 2008, lorsque j'ai écris ce texte, nous étudiions en classe ( j'étais en 2nde ) la nouvelle, avec  " Le chat noir " d'Edgar Poe. Un texte sombre, qui explore la psychologie du personnage. Notre travail consistait à écrire une courte nouvelle débutant par cette phrase : Le chat hurla dans la nuit. Elève la plus expérimentée en écriture, il va sans dire que j'ai eu la meilleure note de la classe . . .

 

 

            Le chat hurla dans la nuit. Ses crocs étincelaient sous la sombre clarté lunaire, lorsqu’il criait sa peine, sa douleur et sa colère. Il contemplait la ville, du haut d’un toit ; et son regard semblait de braise. Dans son œil unique brillait l’éclat de la tristesse et de la haine. Sa longue queue fouettait l’air derrière lui. Le félin lécha négligemment son pelage d’ébène en une rapide toilette. Son oreille gauche, aux bords déchiquetés, saignait encore un peu. Puis le chat se décida ! Dans la nuit, ombre parmi les ombres, il devenait un véritable fauve, déterminé à se venger.

            Mais pourquoi donc un chat, un simple chat ! Peut-il donc être ainsi déterminé à se venger ? Et se venger de quoi ? La réponse est que ce chat veut venger la mort de son maître. Il entend encore son cri, lorsque les bandits l’on jeté du haut de la falaise.

« Méphisto ! »

Le chat et son maître n’étaient rien, l’un sans l’autre. Ils s’aimaient comme des frères. Si ce n’est plus que cela . . .

Méphisto, car c’était donc le nom du chat noir, et son maître vivaient en marge de la société, mais dans le luxe. Le félin savait pas pourquoi son compagnon de toujours était riche, et de toute façon il s’en souciait comme de sa première souris. Le problème est que tout cet argent attisait la convoitise des malfrats de la région. L’enlèvement, le meurtre . . .  Ces sombres souvenirs revenaient sans cesse dans l’esprit de Méphisto. Les bandits voulaient les morceaux de papier coloré, ceux qu’on appelaient billets. Son maître refusait de leur donner. Il en était mort.

Se remémorant ces tristes événements, le chat parcourait désormais les ruelles de la ville. Seul.

            Après des jours à arpenter ainsi, sans boire ni manger, son nouvel environnement, la faim tenaillait l’animal. Réduit à se nourrir de déchets, il fouilla dans une benne à ordures. Il n’y avait pas grand-chose à se mettre sous la dent ici. Malheureusement, les maigres restes de repas contenus dans ces poubelles étaient déjà convoités Un feulement irrité se fit entendre. Le félin se retourna. Un autre chat, énorme, à la fourrure d’un gris sale, le dévisageait avec colère. Méphisto, affamé, refusa de céder sa nourriture à ce chat qu’il supposait pourtant, à juste titre, être le dominant du coin. Sûr de sa force, l’autre chat se jeta sur lui. Le félin gris griffa. Son adversaire riposta. S’en suivit une bagarre, brève mais féroce. Le chat gris finit pas s’avouer vaincu et déguerpit sans demander son reste. D’autres petits félins des rues sortirent de leurs cachettes. Ils regardaient Méphisto, puis les poubelles, comme s’ils attendaient son accord pour fouiller dans les ordures. C’est seulement à ce moment que le chat noir réalisa la situation : ayant vaincu le dominant, il devenait le nouveau chef de la bande !

Le temps passe, jour après jour, semaine après semaine.

            Contre toute attente, l’ancien chef de la bande, le gros chat gris, s’avère plutôt sympathique. Il reste parfois distant, mais les reste du temps c’est un agréable compagnon. Méphisto va jusqu’à se lier d’amitié avec certains congénères. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, pourrait-on dire. Jusqu’au jour où la route du chat noir croise de nouveau celle des bandits.

            Il était alors, accompagné de la bande, à la recherche de nourriture et parcourait les rues. Les humains sont nombreux en ville, mais ceux là, il les reconnut en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Il se rappelait encore de l’enlèvement, de son œil crevé, du meurtre.

Dans le cœur de Méphisto, l’étincelle de la vengeance venait de se rallumer.

Poussé par une envie effroyable de tuer, le chat attaqua. Un des bandits l’assomma et ils partirent.

            Quelques heures plus tard, Méphisto les retrouvait. Là haut, sur le toit de l’immeuble, au crépuscule, on aurait pu le prendre pour une panthère noire. Le chat faisait face aux hommes qu’il détestait tant. Ils riaient ! Cela mettait le félin en rage. La pluie tombait à grosses gouttes mais l’eau qui coulait sur son pelage d’ébène l’importait peu. Pas à pas, le petit fauve avançait, un sourd grognement sortant de son gosier. Puis il bondit. Il n’avait aucune chance, le savait et s’en fichait. Un coup de matraque dévia la course de l’animal. Les bandits, hilares, s’en allèrent. Une silhouette grise se tenait au bord du vide et observait. Une seule patte raccrochait encore le chat noir à la vie. De son unique œil d’or, il suppliait son ancien rival de l’aider. Mais dans le regard de ce dernier se lisait uniquement la haine.

Un violent coup de griffes, la douleur, la peur, la peine, la souffrance, le froid, le noir . . .

 

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