Tous pareil

Un texte rédigé le 6 juillet 2012 suite à une réflexion. Il ne fait pas partie des grandes lignes de " Terre Féline ". Chacun des personnages ici présents ont leurs propres histoires, qui seront développées dans d'autres textes. Ce que je raconte sert juste à situer, car le plus important est ce dialogue. Et ne vous étonnez pas de la simplicité de ces paroles : elles sont destinées à une enfant après tout. Ellie et Saphire ne sont pas que des personnages, ce sont aussi des chats qui ont partagé un bout de chemin avec moi, et leurs équivalents romanesques sont un peu un hommage que je leur rend maintenant qu'elles ne sont plus là.


Ellie avait neuf ans lorsque cette discussion eu lieu. Elle ignorait quelle importance auraient ces mots dans ses décisions futures. A l’époque, elle avait du mal à se détacher de l’image que les gens avaient d’elle : une princesse de sang, mais née après la mort du mari de sa mère, trop longtemps après. On murmurait, et Ellie le vivait mal, surtout qu’elle était particulière par rapport au reste de sa famille. Saphire, la reine-mère, avait un jour montré à sa fille qu’elle aussi possédait le don. La petite chatte noire et blanche s’en était trouvée rassurée. Elle avait alors six ans. C’est l’année suivante que Durnak arriva au manoir, premier des trois jeunes félins qui trouveraient refuge ici : après le lynx viendraient le tigre blanc Stanislas et le léopard noir Jack. Tous les quatre seraient un jour connus comme les enfants de Steffengarl, après toutes leurs aventures. Mais cela, Ellie l’ignorait encore.
Saphire avait en cette semaine ensoleillée de l’an 2760 son petit-fils Sergueï en garde au manoir. Framy venait d’aller voir le chaton, et arborait comme un air de nostalgie quand Ellie le rencontra dans les couloirs.
- Framy, tout va bien ?
- Oh, bonjour petite Ellie. Tu sais, on commence à fatiguer à mon âge.
- Maman n’a que onze ans de moins que toi, elle est handicapée mais va toujours bien. Je ne me rappelle pas t’avoir connu en pleine forme . . .
- Ma famille me manque.
Le chagrin avait fait vieillir prématurément le beau chat gris et blanc. Mystie, cousine éloignée de la famille d’Ellie, l’avait quitté jeune, le laissant seul avec leur toute jeune fille Kalie. Celle-ci avait succombé à la maladie il y avait quelques années de cela. Mina et Karoo, les petits-enfants de Framy, étaient eux loin, la douce Mina on ne savait où, et le timide Karoo avec sa belle à la Ropa.
- Framy, je voulais te poser une question. Maman et Minia n’ont jamais le temps de me répondre.
- Je t’écoute, petite Ellie.
- Durnak et moi, on espère que personne ne nous séparera, c’est mon meilleur ami. Mais mon professeur m’a dit qu’après la guerre, il retournera à Kaendir chez les Errants, et que je devrais aller à la capitale pour apprendre le rôle d’une princesse . . . mais je ne veux pas être une princesse ! C’est nul, si je ne peux pas rester avec mes amis. Je veux juste être Ellie ! Pourquoi on ne pourrait pas rester ensemble ?
- Si tu veux toujours rester avec Durnak, il y a bien une solution . . .
- Laquelle ?
- Quand vous serez plus grands, tu peux te marier avec lui. Comme ça, personne n’aura le droit de vous séparer.
- Quelle drôle d’idée ! C’est mon ami ! Et puis, je ne peux pas me marier avec Durnak, c’est un lynx et je suis une chatte !
- Et quelle importance qu’il soit un lynx et toi une chatte ?
- Nous sommes trop différents.
- Non Ellie. Vous êtes pareils.
- En quoi ?
- Vous êtes tous les deux des félins. Vos origines sont les mêmes. Vos cultures sont différentes, mais au fond Errants et Félinellois ont les mêmes grands principes de vie et des philosophies étonnamment proches. Vous avez aussi le don tous les deux. Et puis, l’essentiel c’est l’entente.
- Et nos responsabilités ?
- Les Errants sont libres par nature. Durnak n’est pas obligé de suivre la voie de ses parents. Toi non plus, petite Ellie. Tu es certes princesse, mais le roi, c’est ton frère, et l’héritier son fils. Tu as bien plus de possibilités qu’eux.
- Même, Durnak et moi sommes trop différents . . .
- Demande toi, Ellie, qu’est-ce que la différence au fond ? La différence n’est que dans les apparences.
- Quand même, quand tu regarde les félins originels . . .
- Sont-ils si différents de toi ? Ils ne parlent pas et marchent sur quatre pattes. Mais ceux qui possèdent encore le don peuvent aussi prendre cette apparence de félin quadrupède. Sont-ils pour autant moins intelligents ? Bien sûr que non.
- Les félins originels ne parlent pas, n’ont pas bâti de civilisations . . .
- Si tu en rencontre un, un jour, essaye de lui parler. Tu comprendras son langage, même s’il te paraîtra bien limité par rapport au tien. Car les félins originels n’ont pas les mêmes préoccupations que nous. Ils possèdent les mêmes émotions, les mêmes facultés, mais à des degrés différents. Ils n’ont besoin d’apprendre que ce qui est utile à leur existence, et ne cherchent pas plus loin. A quoi bon ? ça, les humains ne l’avaient pas comprit, mais nous, si. Au fond, nous sommes tous pareils.
Ellie médita longtemps sur ces sages paroles.
Bien des années plus tard vint au monde un chaton comme on en n’avait plus vu depuis longtemps. Mi-lynx, mi-chat, preuve que la différence n’est qu’apparence, et que les sentiments ne s’en préoccupent pas.


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