39 - Le don de Phénix

Sous les regards interloqués de ses aînées, Phénix venait par la seule force de son esprit de faire jaillir les flammes du néant. Pour sa mère, Griffe d’Argent, cela ne faisait aucun doute, le jeune margay était un élémental de feu. Les pouvoirs élémentaux avaient depuis longtemps disparu de Vaalbara, il n’était pas né depuis bien des générations de félin les possédant encore. Phénix était ainsi lié au feu, tel son aïeule phénix, Moshan, le dernier oiseau de feu du grand continent.

 Voyant les flammes monter, et percevant l’agréable chaleur qui s’en dégage, Phénix fait preuve d’un enthousiasme tout juvénile. Il est très fier de lui-même, et surtout de constater qu’il a réussi à étonner sa mère adorée. Sa joie est toutefois de courte durée, car le feu s’éteint. Phénix regarde Griffe d’Argent, en recherche du soutient maternel. Pourquoi les flammes se sont-elles éteintes ? Calmement, elle lui explique que le feu est peut-être l’élément le plus proche d’un être vivant. Il est chaud, mouvant, et surtout il a besoin d’être nourri. Ensemble, tranquillement observés par une Lune Bleue et sa fille Gant de Lune fort intriguées, car elles n’ont pas par rapport au feu les mêmes connaissances que Griffe d’Argent, la vieille féline et son jeune fils vont chercher du bois mort et commencent à empiler les branches. Bientôt se forme un tas relativement conséquent.

-          Maintenant, Phénix, réessaye, lui dit Griffe d’Argent.

Bleu et or, les yeux du mâle margay se mettent à briller. Il active son pouvoir, se concentre sur la chaleur et la lueur rassurantes des flammes. Il ressent une grande affinité avec cet élément. Il sent qu’il est pour lui naturel de l’invoquer. Il perçoit que cela fait partie de ses capacités instinctives. La maîtrise de cette chose si redoutée de nombreux êtres est innée chez lui. Phénix est un véritable élémental de feu. Les flammes jaillissent.

Griffe d’Argent est profondément fière de son fils, Gant de Lune ne sait plus que penser, et de fait Lune Bleue est peut être la seule adulte présente à encore avoir à peu près la tête sur les épaules. Lorsqu’elle voit Phénix approcher sa patte dangereusement près des flammes, elle ne peut s’empêcher de pousser un cri de surprise et de crainte qui réveille les autres. Griffe d’Argent ne dit rien, curieuse. Gant de Lune avertit son nouvel élève qu’il devrait reculer, car il risque de se brûler. Le chaton ne l’écoute pas, et continue d’avancer sa patte. Il touche le feu, savoure la douce sensation de chaleur qui s’en dégage.

Griffe d’Argent ouvre grand ses yeux d’or, mais moins largement toutefois que ses compagnes, encore plus surprises qu’elle. Lune Bleue repense à ce que Douceur de Lune, sa fille aînée, avait perçu chez le jeune margay peu après sa naissance. Elle avait été choquée. Toutefois, elle n’avait pas pu deviner cela. Douceur de Lune était une testeuse, elle décelait les dons, pas les pouvoirs élémentaux, que l’on croyait d’ailleurs disparus. Si déjà Phénix possède un pouvoir élémental si étonnant, quelle sera donc l’étendu de son don ?

Le regard du jeune félin brille à peine désormais, signe que l’emploi reste de sa magie n’est pas véritablement essentiel lorsqu’il maîtrise simplement le feu. Les flammes le touchent, mais ne le brûlent pas. Phénix retire sa patte du foyer, sort légèrement les griffes, comme s’il saisissait quelque chose. Des flammèches continuent de flamber dans l’étreinte de ses armes naturelles. Phénix joue avec le feu.

 

L’hiver s’est terminé, on s’avance désormais dans le printemps. Cette lune, Phénix fête son premier anniversaire. Cela ne fait que quelques mois qu’il a découvert qu’il était capable de magie, et surtout qu’il a commencé à déployé ses capacités de maîtrise du feu. L’adolescent est un élémental de talent. Tout cela lui vient d’instinct, sans que quiconque aie besoin de lui apprendre. Les flammes sont comme une extension de lui-même, telle une autre arme naturelle dont il use aussi aisément que ses crocs et ses griffes, si ce n’est même davantage encore.

C’est au cours de ce printemps que Douceur de Lune décida de revenir voir les siens. En tant que testeuse, elle était d’ordinaire une nomade, qui parcourait les chemins de Vaalbara, soit au hasard, soit pour rendre visite à des félins ou loups souhaitant connaître l’éventuel futur don de leur petit. Toutefois, elle n’en décelait quasiment plus depuis quelques années. Alors, ce printemps, Douceur de Lune avait décidé de revenir voir ce petit qui l’avait tant étonnée, Phénix. Ils étaient de famille, bien que cela ne soit pas évident à première vu. Griffe d’Argent avait eu son dernier fils tard. Son aîné, Ambre Vif, était le père de Douceur de Lune, de son jumeau Etoile d’Argent et de leur petite sœur Gant de Lune. Douceur de Lune et sa fratrie étaient nettement plus âgés que Phénix, et pourtant celui-ci était techniquement leur oncle. La vie réserve parfois de drôles de détours.

Douceur de Lune huma l’air. Elle reconnaissait les différentes odeurs marquant les limites de ce territoire : celles de ses parents Ambre Vif et Lune Bleue, de sa sœur Gant de Lune, de sa grand-mère Griffe d’Argent et de son compagnon Patte Agile et enfin, moins familière, celle du jeune Phénix. Elle savait aussi que sur le territoire voisin vivaient les demi-dragons, Eclair Brûlant et sa compagne Cœur Ardent, ainsi que les deux félins venus d’Ouria, le prophète Vif Esprit et le guérisseur Soleil d’Hiver. Parmi tout ce monde, seul Phénix l’intéressait réellement.

Justement, ce jour-là, Phénix s’entraînait avec Gant de Lune, qui était officiellement devenue son mentor. Leur complicité était en bonne voie pour devenir aussi grande que celle qui existait entre Griffe d’Argent et celui qui de mentor avait fini par devenir son meilleur ami, Eclair Brûlant. Gant de Lune tentait d’enseigner de nouveaux sorts à Phénix. Le jeune félin était un élève attentif et qui apprenait très vite. Douceur de Lune resta à les contempler un moment durant la séance. Gant de Lune et Phénix ne l’avaient pas vue. La testeuse put ainsi admirer la nouvelle capacité de Phénix à combiner sa maîtrise du feu et l’emploi de son don, tandis qu’il créait une boule de feu et l’éteignait d’une vague qu’il faisait jaillir de la rivière. Ensuite, Gant de Lune lui parle de différents sorts, et ils reprennent sur celui que Phénix apprend depuis quelques jours. Ses yeux se mettent à briller, le brouillard bleu et or de sa magie se déploie. Il se concentre sur un petit point sur le sol, tandis que Phénix psalmodie d’inintelligibles paroles. Une petite tige verte apparaît, grandit, la plante pousse, alimentée par la magie du jeune margay, et enfin la fleur s’épanouit.

-          Bravo Phénix ! s’exclama Gant de Lune, Seulement quelques jours pour accomplir ce sort . . .

-          Combien de temps as-tu mis, toi ?

-          Trois cycles des saisons presque entiers.

Douceur de Lune n’en revient pas. Phénix est si jeune ! Et il est déjà plus doué que la plus puissante Féline des Lunes née sur le continent depuis des générations, Gant de Lune.

 

Plus tard, Douceur de Lune décide d’aller voir sa petite sœur. Phénix a retrouvé la tanière de ses parents et s’est endormi. Elles seront tranquilles pour parler.

-          Gant de Lune ?

-          Qu’y a-t-il, Douceur de Lune ?

-          Tu es donc devenu le mentor de Phénix, petite sœur ?

-          Oui, et il m’étonne chaque jour davantage.

-          Je comprends. J’étais vraiment surprise en le testant.

-          Il n’a pas mon don de Féline des Lunes, et pourtant lui aussi peut lancer des sorts. Et tu as vu ce pouvoir sur le feu ! Qui aurait cru qu’un élémental pouvait encore naître en Vaalbara ?

-          Il est plus que toi ou maman, tu le sais bien, mais vos dons sont apparentés.

-          Qu’est-il exactement, ma sœur ? demanda Gant de Lune.

-          Il est unique, répondit Douceur de Lune, ni comme les Félines des Lunes, ni comme les Loups des Soleils qui existaient aussi autrefois, et en même temps très semblable. Les deux dons sont rassemblés dans un même corps. Et je pense que c’est cette puissance, cette si grande quantité de magie dans un si petit être, qui a permis l’émergence de son lien avec le feu.

-          Les deux à la fois . . . Lune et Soleil mêlés . . .

-          Regards et magie des Félines des Lunes ont généralement des tons bleus, ceux des Loups des Soleils étaient teintés d’or.

-          Alors . . . voilà l’explication de son regard et de sa magie bicolores !

-          Tu as tout saisi.

Et Douceur de Lune sait aussi qu’ils n’ont encore eu qu’un petit aperçu de la puissance du don de Phénix . . .

 

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